La plupart des spécialistes sont formels : d’ici 10 ans, le pic d’Hubbert représentant le maximum possible de la production mondiale de pétrole sera franchi. Avec l’entrée entre autres, depuis quelques années de deux grands champions dans le rallye de la surconsommation, la demande explose. A l’approche de cette crête, l’envolée des prix du baril se fait déjà doucement sentir, les spéculateurs sont aux starting-block. Seul un conflit majeur pourraient retarder l’arrivée au sommet. Sachant le rôle omniprésent de l’or noir dans nos sociétés, que ce soit dans les transports, l’agriculture, l’énergie ou dans nos objets plastiques et synthétiques de la vie quotidienne, on imagine aisément les conséquences d’un pétrole cher sur le commerce et l’économie mondiale et donc sur la finance. Le rêve d’une fermeture définitive des places boursières se verrait alors enfin concrétiser !
Mais ce pic reflète des enjeux allant bien au delà du simple domaine économique. Il augure une véritable période de transition pour l’humanité. De celle, qui, rare dans l’histoire de l’espèce humaine, fixe son orientation et celle de la planète pour des lustres. De mauvais choix pourraient avoir des conséquences dramatiques. La voie techno-scientiste, reposant sur l’illusion que la modification des structures de la matière, du vivant et l’asservissement de la nature résoudront tous les maux, fait partie de ces chimères menant à l’impasse. Malheureusement, c’est cette option qui semble avoir la faveur des représentants, fortement influencés par les gourous de la croissance. Un bon nombre de médias en fait l’écho. Ainsi, une grande partie de la population est persuadée que l’ère de l’hydrogène et de la fusion remplacera progressivement celle du pétrole et de la fission grâce à des carburants alternatifs. L’homo-automobilus continuerait alors de rouler à ses occupations et n’aurait pas à changer fondamentalement ses habitudes.
Pourtant, ces alternatives au carburant traditionnel sont loin d’être prometteuses :
Pour produire une quantité d’huile végétale conséquente mais cependant toujours dérisoire face à une demande vorace, une culture intensive est de rigueur. Cela ne peut se faire que par l’apport abondant de d’engrais chimiques, de pesticides et autres substances à base de pétrole. Le transport de ces matières, l’utilisation et la fabrication des machines agricoles ont également besoin de carburant. Sans compter l’énergie nécessaire pour transformer les plantes en huile. Le transport des lieux production aux lieux de consommation est lui aussi à prendre en compte. A bien y réfléchir, cela ne semble plus vraiment être la panacée que l’on nous fait miroiter ! Les OGM, selon certains VRP de la techno-science, rendraient cette entreprise plus rentable en réduisant l’apport de produits chimiques tout en augmentant le rendement de production. Les dégâts provoqués par l’agriculture intensive d’OGM ou de non OGM, sont impressionnants ( aseptisation et appauvrissement de la terre, désertification, pollution des nappes phréatiques et cours d’eau, imperméabilisation en surface du sol induisant l’épuisement des nappes et tout en favorisant les inondations, gaspillage d’eau potable... ). C’est surtout très discutable du point de vue éthique. Alors qu’une partie de la population mondiale meurt de faim, les terres cultivables serviraient à engraisser voitures, avions et bateaux. Restons sérieux, ce n’est même pas envisageable ! Et pourtant...
Le dihydrogène est lui aussi présenté comme un digne successeur du pétrole. Pourtant, il est impossible de le trouver à l’état naturel, il est trop volatile. Aussi, le produit-on par électrolyse de l’eau. Il peut être stocké sous forme liquide, en le refroidissant et en le maintenant à des températures extrêmement basses. Mais aussi sous forme gazeuse, pressurisé dans des récipients adéquats. Son rendement de production est plus que médiocre. L’électrolyse malgré l’énergie considérable qu’elle nécessite ne pose aucun problème diront nos VRP, on a l’uranium, la fission et des centrales ; et demain, enfin, disons dans 50 ou 60 ans, c’est l’avènement de la fusion ! Les voitures électriques posent la même problématique que la production d’hydrogène. Le nucléaire représente actuellement environ 17% de la production d’électricité mondiale, les énergies fossiles ( fioul, gaz, charbon ), 65%. Avec la fermeture probable, d’ici quelques années, des centrales au fioul et au gaz , car trop onéreuses, la production d’hydrogène et d’électricité pour les voitures sera t-elle une priorité ? Si oui, une construction massive, à l’échelle planétaire, de centrales nucléaires clefs en main ne relève t-elle pas de la folie ? Certes, ce moyen de produire de l’électricité émet peu de gaz à effet de serre, mais 50 années se sont écoulées et la question des déchets n’est toujours pas résolu. Le contrôle de la fission réclame une vigilance de chaque instant. Et si l’attention, pour des raisons X ou Y, est détournée que se passera t-il ? Une prolifération de centrales construites à la va-vite ne multiplierait-elle pas considérablement les risques ? L’uranium est lui aussi en quantité finie ... On peut envisager également la construction d’une multitude de barrages hydroélectriques gigantesques. Ces chantiers titanesques se feraient avec quelle énergie et quelles en seraient les conséquences pour l’environnement ?
En cherchant à nous faire prendre des lampions pour des étoiles, certains affirment que d’ici moins d’une génération, les trois-quart du parc automobiles fonctionneront avec ces énergies alternatives. En revanche, pour les transports aériens et maritimes, gros consommateurs d’hydrocarbures, ces énergies alternatives ne sont pas à l’ordre du jour. Cette course contre la flambée des prix du pétrole est elle jouable et raisonnable ? Je ne le pense pas !
On peut évoquer également les ressources gigantesques d’hydrates de méthanes présents à l’état de cristaux de glace dans les fonds marins qui fourniraient un carburant un peu plus propre que le pétrole ( la combustion d’une molécule de méthane produit une molécule de dioxyde de carbone et deux molécules d’eau ). Pour les géologues, ce serait ces mêmes cristaux qui furent responsables de la plus grande extinction de masse ( disparition de 95% de toutes les espèces ) de l’histoire de la terre, il y a 250 millions d’années ( Permien ). Une éruption aurait eu lieu, provoquant un hiver volcanique puis un réchauffement de la planète de quelques degrés. Avec l’augmentation de la température des océans, les hydrates de méthane, présents en quantité phénoménales dans les fonds marins, auraient fondu rapidement pour libérer du méthane à l’état gazeux. L’effet de serre brutal qui suivi ne laissa aucune chance de survie pour la plupart des espèces. Petites causes, grands effets ... Là encore, la divine techno-science, la bouche et le nez enfarinés, propose de sauver la planète en extrayant ces ressources avant qu’elles ne libèrent leur gaz, tout en apportant à l’humanité une énergie abondante. Elle apporte ainsi des solutions aux problèmes ( ici, le réchauffement de la planète ) qu’elle a elle-même créés. Ces solutions se révélant elles-même problématiques ... On voit bien que ces options sont inacceptables, comme peuvent l’être l’éradication totale des forêts et l’extraction exponentielle du charbon afin de maintenir cette production énergétique.
Pour éviter cela, une sobriété énergétique est de mise. La décentralisation de la production de l’énergie au niveau individuel, local semble une évidence. Les moyens existent et foisonnent ( Chauffe-eau et four solaires, éoliennes, panneaux solaires , méthanisation des déchets organiques, géothermie, petites unités hydroélectriques et marémotrices ... ). Une autonomie économique au niveau communal, réduisant considérablement le rôle aberrent des transports, qui représentent à l’heure actuelle près d’un quart ne notre consommation mondiale d’énergie, est souhaitable. Et même, pourquoi ne pas envisager une autonomie politique des communes, ayant chacune leurs propres fonctionnement dans une constante optique d’échange et d’entre aide avec leurs consœurs du monde entier ainsi que de respect pour la nature ... Certains diront que c’est utopique et que cela va à l’encontre de la sainte croissance donc du progrès. Pourtant qu’y a t-il dans tout cela qui ne soit pas humainement et socialement réalisable ? Si le progrès implique la destruction de la vie par le biais du culte de la techno-science, alors j’affirme fièrement que cela va à l’encontre du progrès !
En définitive, l’ère du pétrole cher peut se révéler être une formidable chance pour l’humanité à condition de nous débarrasser de notre logique productiviste. C’est une opportunité fantastique, pour chacun de nous, d’inventer et mettre en place une société humble, respectueuse de la nature et tirant le meilleur des expériences du passé.
