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Bouba (7)
lundi 15 février 2010, par Y.V

Quelques semaines après sa conférence de paresse, Bouba reprenait ses promenades dans l’avant-ville, quand tout le monde dormait, que les trottoirs souffraient l’abandon de vélos inaptes et merveilleux. Bouba ramenait sa récolte à l’entrée du l’hangar et regardait le soleil se lever dessus.

Ensuite Marcel. Il venait prendre son café, et regardait les cadres, les roues comme un rentier les chiffres de son compte en banque, comme un chronomètre les centièmes de secondes, comme Roméo Juliette, sans bien réaliser, en fait. Dans la journée, Marcel bricolait, mais Bouba ramenait à bricoler pour deux Marcels, si ce n’était trois. D’ailleurs, les bicyclettes remises en état faisaient un groupe, dans un coin du l’hangar, qui prenait la poussière pareil. Juste, elles avaient l’air moins folles qu’avant, comme si on les avait peignées. Mais, du coup, elles avaient l’air de s’ennuyer... Depuis quelques temps, elles ne disaient plus rien.

Un jour, Bouba captura un vélo qui lui donna bien du mal. Pourtant son cœur battit fort et vite car c’était un vélo extrêmement mystérieux. Il n’avait qu’une seule roue, et il tenait debout tout seul. Il avait des choses que n’avaient aucun autre vélo. Bouba pensa que peut-être c’était une moto. Il pesait très lourd et malgré sa roue, ne roulait absolument pas du tout. Bouba le traîna a travers toute la ville. Dans les moments de fatigue, il le regardait, s’extasiait, puis le reprenait à bras le corps et repartait pour quelques mètres de ce cheminement d’ivrognes amoureux...

Eux revenaient du bal du ciment. Lui dit à elle :

_Ils sont... com-plé-te-ment bourrés... Non mais, regarde les... Pé-tés... raides défaits !...

Elle répétait :

_Tintin, arrête... Viens, Tintin...

Bouba s’était arrêté et se tenait derrière son vélo, prêt à... absolument pas prêt du tout, en fait. Ça tombait bien qu’ils ont passé leur chemin. Plus loin, ils se sont embrassés. Ça a fait rire Bouba qui a caressé son vélo. Comme quoi c’est mieux plus loin. A l’hangar, Bouba l’a mis comme les autres, sauf qu’il tenait debout tout seul, encore. Presque il avait l’air neuf. Si ça n’aurait pas été une chose qu’elle était pas à faire, Bouba aurait réveillé Marcel. En attendant, le soleil était pas pressé non plus, ce qui tombait très mal, car justement, en attendant le soleil, Bouba était pressé, lui. En quoi il avait tort, bien sur. Heureusement, il n’y avait personne alentour pour le lui dire parce que ça n’aurait rien arrangé du tout.

Le soleil s’est levé quand-même, seulement, quand il a vu le vélo, il s’est arrêté et il a dit :

_C’est quoi, ça ?

Bouba était énervé, il a pas répondu. Pas qu’il faille pas répondre au soleil, mais quand on sait pas la réponse, on peut pas la dire. Là, Bouba et le soleil, ils étaient deux et le soleil restait coincé à regarder. Après, il a quand-même haussé les épaules et continué, mais bien qu’un peu en biais, il regardait toujours, attendant l’explication.

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