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Bouba (8)
lundi 22 février 2010, par Y.V

Marcel se réveilla sans savoir du tout qu’il était abominablement en retard. Comme c’était pas vraiment nécessaire, le soleil, Bouba et le vélo firent un effort pour se mettre à son heure à lui. La nonchalance affectée résultant de cet effort eut suffi à déclencher le système d’alarme d’un sous-marin coulé quarante ans plus tôt. Marcel se douta donc de quelque chose. Aussi, sa tasse de café avait été posée un centimètre et demi trop au nord-ouest... Le café était tellement fort que rien que l’odeur résumait assez bien le culte vaudou. Après avoir hésité, le soleil était maintenant à sa place, mais Bouba avait une telle manière de ne pas regarder très précisément quelque part que bien que l’esprit pyjamateux, Marcel ne put que trianguler du soleil par Bouba à la trouvaille, au mystère. Cela permit à Bouba d’avidement regarder Marcel.

Tout d’abord, l’effet fut d’un coup de massue. Marcel resta une seconde ou deux bouche bée, ce que Bouba comprit très bien. Et puis il éclata de rire, ce que Bouba ne comprit pas. Puis le rire se calma, laissant place à une forme de perplexité horizontale... circulaire... en quelque sorte... horizontale, quoi.

_Qu’est-ce que c’est ? demanda Bouba, à quoi Marcel souscrivit en hochant la tête :

_Oui, qu’est ce que ça peut bien être ?...

Ce n’était pas ce que l’on attendait de lui du tout. Bouba et le soleil restèrent silencieusement sur leurs positions, entendant qu’on ne se foutat point de leurs gueules.

Marcel soupira, but une gorgée de chevrotines, puis, contraint et forcé soupira :

_Autrefois, cela, c’était un vélo à ne pas aller nulle part.

C’était pas une explication pour contenter personne.

_Maintenant, là, c’est quoi ? insista Bouba.

_Maintenant... Là... c’est quelque chose que je sais pas ce que c’est. Explicita Marcel, sans grand espoir de donner satisfaction par là même à qui que ce soit. En désespoir de cause, il enfourcha l’engin et pédala. Au bout de quelques minutes, il devint évident qu’il n’allait nulle part, ni n’allait jamais aller nulle part. Bouba comprit la résistance du vélo, tout au long du trajet. Bouba et le soleil comprirent que Marcel ne se foutait pas de leurs gueules, mais ils sentirent qu’entre le non-vélo et leur ami, il se passait des choses plus vite qu’on peut en dire. Marcel descendit de l’appareil et fit jouer une manette.

_Ici c’est pour pédaler plus ou moins dur... Comme dans les montées... Il désigna un cadran : Ça c’est la vitesse à laquelle on ne va pas nulle part, et ça c’est à quelle distance on n’est pas de nulle part.

Bouba demanda :

_Et où on mets les bagages ?

_Où on veut... Tu les laisses par terre, là, nulle part est les bagages, tu peux emmener l’hangar...

Il tomba une grosse goutte, deux. Marcel dit :

_Je suis assez d’accord.

Il pleuvait.

_Mais il fait soleil. Dit Bouba.

_Eh oui !

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