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Vélib’ : Vé-liberté ou Vé-libéral ?

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Vélib’, le service de vélo en libre-service que DECAUX a mis en place pour obtenir la reconduction de son précédent marché (trentenaire !) avec la Ville de Paris connaît un grand succès. C’est du moins -en attendant de disposer d’un véritable bilan chiffré- ce qu’affirment l’équipe municipale et les médias.

En tout cas, il est certain que Vélib’ plait. Il suffit pour le constater de voir avec quelle délectation le public -principalement jeune- pianote sur les bornes, insère CB et autres “passes” Navigo, et applique son ticket devant le bouton électronique pour se voir délivrer un engin “design”.

Et si c’était exactement cela qui fait le succès de Vélib’ ? Cela : c’est-à-dire la modernité électronique ! Foin des tracas du vélo personnel, qui oblige pour être autonome d’être prévoyant. Ici on fait seulement un ”login“ et l’on affiche sa solvabilité électronique : on est libre quoi ! On sort enfin de la technologie obsolète de la bicyclette (datant de la fin du XIX° siècle, rendez-vous compte !). On chevauche ensuite un « vélo événement », et pas une minable bécane. Et puis Vélib’ c’est aussi le vélo jetable : on s’en débarrasse quand et où l’on veut (enfin, presque... car là le problème n’est ni virtuel ni électronique, mais réel et physique : des engins à moteur doivent constamment transporter les vélos des stations où ils sont en surnombre aux stations où ils manquent). La liberté de Vélib’ est aussi à ce prix...

Vé-liberté ... ou plutôt Vé-libéral ? “Libéral” est en effet le système, d’abord parce qu’on n’y entre qu’à condition de disposer de moyens électroniques de paiement (même si le coût actuel pour l’usager occasionnel semble modéré). ”Libéral” ensuite en raison de l’intégration de ce service dans la stratégie commerciale des prestataires de services “publics”. “Libéral” aussi par son effet « communication » sur les équipes municipales -de gauche comme de droite- qui sont actuellement (à quelques mois des municipales !) saisies d’un véritable engouement pour le système Vélib’.

Les hallucinés consommateurs de la modernité Vélib’ ne s’en sont sans doute pas rendu compte, mais ils sont ainsi passés de l’usage d’un outil de mobilité autonome qui n’était que l’extension mécanique simple de la marche (mobilité « autogène » de l’être humain) à l’intégration dans un “SYSTEME” (hétéro-géré). Différence ? Eh bien : « l’usager d’un système en devient l’élément, effaçant ainsi cette distinction entre la main et l’objet qu’elle manie, distinction devenue fondamentale pour la pensée ... jusqu’au moment (à partir des années 1980) où la société technologique -basée sur l’outil- a pris fin. » (Ivan Illich, « La corruption du meilleur engendre le pire”, Actes Sud, 2007, p 120).

Ironie de l’Histoire : la bicyclette d’Illich, modèle de l’autonomie et de l’équité pour la mobilité humaine, est aujourd’hui non seulement récupérée mais contribue à encore mieux intégrer les gestes et le quotidien de l’individu dans le Système [1].

[1] On aurait pu apporter à la bicyclette -qui correspond exactement à l’optimum technologique de l’usage- quelques petites améliorations utiles dans le contexte de la circulation d’aujourd’hui. Par exemple, en empruntant à la technique électronique à basse consommation énergétique, de quoi doter la bicyclette de « clignotants » pour signaler aux autres usagers -et notamment aux dangereux motorisés- les mouvements tournants des cyclistes. Rappelons que dans ces cas, le Code de la route prescrit aux cyclistes de tendre le bras, tout en maintenant le vélo en équilibre à vitesse lente au milieu du carrefour ! La proposition d’un tel équipement a été faite à maintes reprises aux industriels français du cycle dans les années 90, sans susciter de leur part le moindre intérêt (même réaction de mépris pour la génératrice d’éclairage dans le moyeu, adoptée par les constructeurs allemands et disponible ... sur les engins Vélib’...). En effet, la technique moderne ne doit pas servir l’autonomie, sa fonction essentielle est de rendre l’usager dépendant d’un système !

3,4,5 et 6 juillet: Vélorution universelle à Grenoble!

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